Le béton comme colonne vertébrale et atout esthétique :
une maison à Sint-Niklaas

Photos : © Arnaud Tandt

Le béton peut-il jouer un rôle à la fois structurel et esthétique dans une maison ? L’architecte Jao Smet (io-architecten) en fait la démonstration avec brio. Dans un cadre boisé près de Sint-Niklaas, il a conçu une habitation unique où le béton est utilisé de manière innovante et polyvalente. Des éléments structurels essentiels aux finitions raffinées, en passant par le confort acoustique et l’efficacité énergétique, ce matériau va bien au-delà de sa fonction première.

Qu’est-ce qui rend ce projet si particulier ?

À première vue, la maison semble modeste, mais les apparences sont trompeuses. Le projet exploite intelligemment un dénivelé de 1,80 m entre la rue et le jardin pour positionner stratégiquement les espaces de vie, les chambres et même la piscine. Plutôt que de s’étendre en largeur, comme de nombreuses maisons voisines, l’architecte a opté pour un volume compact et stratifié, perpendiculaire à la rue.

L’un des éléments les plus surprenants ? Une piscine de 25 mètres entièrement intégrée en sous-sol. “Elle ne constitue pas seulement un ajout fonctionnel, mais elle est véritablement la base structurelle et conceptuelle de la maison. Grâce à un patio anglais, la piscine reste connectée au jardin et baignée de lumière naturelle.”, explique Jao Smet.

Pourquoi du béton ?

Loin d’être un choix anodin, le béton s’est imposé comme la solution logique et esthétique pour relever plusieurs défis :

« Ce matériau offrait à la fois robustesse structurelle et grande liberté de conception. Avec des fondations plongeant à 5 mètres de profondeur et une piscine enterrée, l’étanchéité était un critère primordial. Le béton résiste parfaitement aux nombreuses contraintes mécaniques exercées sur la construction. »

L’inertie thermique a également joué un rôle clé. Grâce à sa masse, le béton emmagasine la chaleur en hiver et conserve la fraîcheur en été, garantissant ainsi une excellente efficacité énergétique et un confort intérieur optimal tout au long de l’année.

Mais l’attrait du béton ne se limite pas à ses qualités techniques. Son esthétique brute a été mise en valeur au lieu d’être dissimulée. Un jeu subtil entre différentes finitions – du béton brut coffré aux éléments préfabriqués – crée un contraste saisissant entre surfaces lisses et textures rugueuses.

Comment le béton façonne-t-il l’identité architecturale de la maison ?

L’architecte a choisi de laisser le béton apparent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, conférant à l’habitation un caractère affirmé, sans pour autant la rendre froide ou austère.

« Nous avons utilisé des matrices texturées dans le coffrage pour conférer au béton un relief prismatique. Ce choix améliore non seulement l’acoustique des espaces, mais apporte également une dimension tactile assez subtile », précise Jao Smet.

L’association du béton avec d’autres matériaux, comme la brique rouge-brun et un sol en terrazzo, crée un équilibre harmonieux entre audace et chaleur. Les ouvertures stratégiques laissent entrer la lumière naturelle, évitant que les structures en béton paraissent trop massives ou sombres.

Quelles tendances en matière de béton retrouve-t-on ici ?

Passionné par le brutalisme, Jao Smet défend une approche où le béton est utilisé de manière sincère et expressive. Mais est-il toujours d’actualité ? « Le béton est de plus en plus critiqué pour son impact carbone, mais des solutions innovantes émergent, comme des ciments plus durables et du béton circulaire », souligne-t-il.

« Une autre tendance marquante est le retour des éléments préfabriqués, qui permettent de réduire le gaspillage de matériaux et d’optimiser les délais de construction. Cependant, dans ce projet, le béton coulé sur place s’est révélé indispensable pour créer des formes complexes et organiques, impossibles à obtenir autrement. »

Comment s’est déroulée l’intégration des autres matériaux ?

« Nous avons délibérément opté pour une palette restreinte de quatre matériaux principaux. En plus du béton, la brique a été utilisée en façade et à l’intérieur, avec des variations de profondeur des joints pour jouer avec l’ombre et la texture. Par endroits, la maçonnerie en saillie accentue encore cet effet et renforce l’aspect robuste de la maison », explique Jao Smet.

« Le terrazzo, troisième matériau, s’accorde parfaitement en termes de teinte avec l’ensemble, créant une continuité subtile entre les espaces. Enfin, le mélèze, utilisé en placage, adoucit l’ensemble sans compromettre l’esthétique brutaliste du projet. »

Malgré l’emploi de matériaux bruts et imposants, la maison ne paraît jamais froide. Le jeu des textures et des finitions crée une atmosphère chaleureuse, sans nécessiter d’éléments décoratifs superflus. « Nous avons voulu préserver la pureté du bâtiment, sans artifice. Ce projet repose sur la force des matériaux authentiques : béton, pierre, bois et terrazzo. Les imitations sont bien plus difficiles à combiner harmonieusement. Ici, tout est une question d’authenticité. »

Quels ont été les plus grands défis du projet ?

Travailler avec du béton implique toujours des défis techniques et constructifs. Dans ce projet, les principales difficultés ont été liées à la construction en sous-sol et à la présence de couches d’argile aquifères. Des contraintes de planification et d’exécution sont également apparues.

« L’ouverture d’une fouille de grande ampleur à proximité d’un hêtre monumental a nécessité des précautions particulières. Pour protéger ses racines, nous avons installé une paroi berlinoise et coulé le béton à l’aveugle. Quant aux couches d’argile aquifères, elles ont représenté un défi majeur pour garantir l’étanchéité du projet. Grâce à des joints d’étanchéité spéciaux et des techniques de coffrage précises, nous avons surmonté ces obstacles. L’usage de techniques préfabriquées et de coffrages optimisés a également permis de mener à bien le gros œuvre sans retard majeur », détaille l’architecte.

Le béton est-il un choix durable ?

Bien que le béton soit souvent critiqué sur le plan environnemental, il joue ici un rôle essentiel dans l’efficacité énergétique de la maison. Une pompe à chaleur géothermique assure le chauffage de l’habitation et de la piscine, réduisant considérablement la consommation d’énergie.

La masse thermique du béton améliore l’étanchéité à l’air, minimisant les pertes de chaleur. De plus, de larges débords de toit et des ouvertures bien pensées limitent le recours à la climatisation en été.

Conclusion : une vision brutaliste de l’habitat contemporain

Cette maison à Sint-Niklaas illustre comment le béton peut être à la fois un élément structurel et un vecteur esthétique fort en architecture. Grâce à une combinaison astucieuse de techniques, de matériaux et de jeux de lumière, l’ensemble se distingue par sa robustesse tout en conservant une atmosphère chaleureuse et accueillante.

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